Le collectif Retour aux Sources, basé en France, a organisé le 11/02/2026 une visio-rencontre d’1h15 sur le thème du Travail Qui Relie et des Oppressions Systémiques. Le nouvel ouvrage « Coming Together in The Great Turning » a été placé au centre de cet événement.

Gardien·nes du Feu Empoisonné

Guardians of the Poison Fire

Guardianes del Fuego Envenado

By Zsanna Bird River

 

In a healthy and peaceful world, in the year 2236, the tribe gathers around the fire to initiate the next watch of the Guardians of the Poison Fire.

For seven generations, this community has safeguarded the radioactive waste from the former uranium processing plant in Malvési, near Narbonne, to ensure the freedom and health of all living beings in the region.

The young initiates will discover how their ancestors carried out the Great Turning necessary to allow life to continue beyond the beginning of the 21st century, when the harmony and beauty of the Web of Life was under assault. They will meet the first Guardians of the Elements. And they will learn that their mission is about to take an unexpected new turn….

This book is available for free download in French, English and Spanish and includes beautiful illustrations…

Invitation à un voyage cosmique et sensible pour se souvenir du vivant qui nous façonne. En marchant à rebours depuis le présent jusqu’aux origines de l’univers, les participant·es vivent corporellement la continuité du vivant et recueillent les dons transmis par leurs ancêtres – humains, animaux, végétaux et stellaires. Une expérience méditative et incarnée pour ressentir le soi écologique et s’enraciner dans la grande histoire de la vie.

Invitation à un voyage cosmique et sensible pour se souvenir du vivant qui nous façonne. En marchant à rebours depuis le présent jusqu’aux origines de l’univers, les participant·es vivent corporellement la continuité du vivant et recueillent les dons transmis par leurs ancêtres – humains, animaux, végétaux et stellaires. Une expérience méditative et incarnée pour ressentir le soi écologique et s’enraciner dans la grande histoire de la vie.

J’ai créé cette pratique à la suite d’une demande de réaliser une Marche du Temps Profond sur une durée qui ne le permettait pas, pour un groupe qui se retrouvait et passait un cap : je voulais rester connecté à l’intention de vivre un voyage dans le temps par le corps, qui raconte une histoire appuyée sur des connaissances scientifiques sans s’y limiter, et qui renforce l’assise pour se projeter dans l’action future (enracinement dans la sagesse ancestrale et la filiation/continuité du groupe et de ses actions).

Recueillir les dons des ancêtres m’est venue toute de suite à l’esprit mais elle se limitait à l’histoire humaine, et donc j’ai entrepris de prolonger ce concept dans le temps pour aller le plus loin possible : pour un décentrement maximum, pour faire l’expérience du soi profond jusqu’au plus profond des temps, et parce que j’adore les histoires à propos de l’univers et de notre monde. Cette pratique est un remix de Récolter les dons des ancêtres, de La réminiscence ou Le long souvenir, et de Les dons évolutionnaires des animaux, ainsi que d’éléments personnels inspirés par la Marche du Temps Profond et d’autres inspirations diffuses. Elle a été améliorée grâce aux précieux retours des participant·e·s et de facilitateur·ice·s du Réseau international des facilitateurices francophones du TQR (RIFF-TQR). Un grand merci à toutes ces contributions ouvertes et libres qui permettent le déploiement de la créativité.

Pour plus de détails, notamment sur l’intention et la méthode de cette pratique, se référer en particulier à la fiche de la pratique Recueillir les dons des ancêtres.

Méthode

Cette pratique nécessite un espace assez large pour accueillir un groupe qui se déplace en cercles concentriques proches. Un espace trop large pourrait inciter à marcher loin des autres, rendant le voyage solitaire, et pourrait vous demander trop de voix.

Vous pouvez utiliser un battement de tambour en accompagnement pour renforcer le sentiment de connexion à la pulsation de la vie. Vous pouvez sinon utiliser une musique de fond, et idéalement changer de musique au changement de direction de la marche. Dans ce cas, il peut être intéressant d’interrompre le fond sonore quand les personnes sont arrêtées, et de le remettre pour déclencher la marche en avant (les deux fois). Pensez à convenir de signes avec votre cofacilitateur·ice ou prévoyez-lui un script pour être synchronisé·e·s.

Comme il serait assez disruptif de s’interrompre durant la narration, prévoyez un·e cofacilitateur·ice dont le rôle sera de faire sas d’accueil et d’écoute, pour les personnes qui quitteraient l’expérience en cours de route.

Les participant·e·s rapportent plutôt vivre une expérience méditative, assez profonde. Prévoyez donc bien un temps d’intégration individuelle, suivi d’un temps de partage. La durée indiquée pour la pratique ne concerne que celle de la narration avec son introduction et le lancement du temps d’intégration. Vous pouvez prévoir des groupes de discussion, des expressions créatives, mais ne faites pas l’impasse sur ce temps d’échange.

Ne pas trop s’attarder sur la remontée depuis le présent à travers sa propre vie, l’idée est d’évoquer des flashs et d’aller vers le décentrage et l’élargissement du soi.

Introduction

Quelques éléments, clés de présentation, que vous pouvez incorporer dans votre introduction auprès des participant·e·s :

  • Vivre une expérience de ce que l’on appelle le soi écologique, ou le soi élargi.
  • Le vous et le nous de ma narration seront votre personne et aussi plus que nos personnes.
  • J’alternerai masculin et féminin, indifféremment, pour mieux inclure.
  • À la fois poétique, scientifique et historique, Une histoire et pas L’histoire.
  • Cette expérience peut être émouvante : invitation à chacun·e de prendre soin de son niveau de profondeur confortable ici dans ce cadre et pour soi aujourd’hui dans sa vie.
  • Prenez ce qui vous parle, accueillez ce qui ne vous parle pas et qui peut-être vous parlera plus tard (ou pas). Certains mots ne correspondront peut-être pas à votre situation, à votre histoire, c’est normal car nous avons toutes et tous une vie singulière. Lorsque c’est le cas, essayez de vous détacher des mots utilisés et voyez ce qui peut être équivalent et qui vous correspond mieux.
  • Sentez-vous libre de marcher à votre rythme, même s’il semble différent de celui des autres personnes.
  • Marche à reculons dans la première partie, puis marche en avant, épaule droite toujours vers moi au centre.
  • Merci de faire attention aux contacts – qui peuvent survenir car ce voyage de la vie n’est pas un voyage seul – et en particulier aux zones du corps sensibles : nous souhaitons faire ce voyage en sécurité et en confiance.
  • Difficile de quitter puis rejoindre, donc prévoir les pipis avant.

Narration

(H=0 min) Accompagnez-moi dans ce voyage vers le passé, un voyage qui nous permet de nous souvenir de qui nous sommes. Nous commençons par les battements du cœur. Placez votre main sur votre cœur, sentez ses battements et écoutez-les. Vous suivrez cette pulsation en remontant le temps, le temps des longues durées…

À partir du moment présent, le… (date) à… (lieu), en gardant votre épaule droite vers moi, vous commencez à reculer lentement dans le temps. Remontez le cours des évènements de cette journée… jusqu’à votre réveil… Continuez à remonter le cours de la semaine, du dernier mois… les moments à la maison, au travail et dans votre communauté… Remontez les mois jusqu’au changement d’année. Maintenant, vous remontez à reculons le cours de l’année passée au travers de ses saisons et des rencontres…

Continuez à reculer pour remonter les décennies de votre vie d’adulte ‒ de nombreuses décennies pour certains d’entre nous, moins pour d’autres ‒ à travers les voyages que vous avez faits, les lieux où vous avez vécu, le travail que vous avez fait. Vous voyez peut-être la perte d’un être proche, la naissance d’un ou de plusieurs enfants… Rencontrez de nouveau les passions et les aventures, les déceptions et les accomplissements…

Vous traversez de nouveau les années de votre adolescence, avec ses espoirs et ses peines de cœur, ses surprises et ses angoisses… Vous entrez dans votre enfance, vous voyez les lieux et les visages que vous avez connus, les leçons à l’école, les jeux, les moments de solitude… Votre corps rapetisse de plus en plus et, très bientôt, les adultes sont si grands que vous devez lever la main pour atteindre la leur… Puis vous êtes porté·e dans le creux de bras enveloppant… Et bientôt votre corps est si petit que vous êtes dans le ventre de votre mère, sous son cœur qui bat… Votre corps se simplifie, se réduit à des cellules de moins en moins nombreuses… jusqu’à ce que vous ne soyez qu’une seule cellule et que vous ayez atteint le moment de votre conception.

La vie qui est en vous n’a pas commencé avec cette conception. Elle était là dans votre père et elle était là dans votre mère. Et même si vous ne connaissez pas vos parents biologiques, vous pouvez entrer dans leur vie maintenant… Dans leur jeune vie d’adulte, les choix qu’ils ont dû faire, les rêves qui furent les leurs… Retournez avec eux dans leur adolescence, leur enfance, leur petite enfance…

Continuez à reculer, dans les vies de vos grands-parents et de vos arrière-grands-parents… À travers le XXe siècle et au-delà, avant l’automobile, avant le téléphone, avant l’électricité. Dans les ombres portées par les lampes à pétrole, entrez dans les vies d’ancêtres dont vous ne connaissez plus les noms, mais dont un geste, un sourire, une expression continuent de vivre en vous.

Retournez en arrière le long de ce fleuve de la vie, à travers la révolution industrielle, les sombres usines et les rues grouillantes de la ville, dans les vies de vos familles… Les générations vont de plus en plus vite à mesure que vous remontez les siècles… à travers les guerres, les bouleversements et le rythme régulier du labourage de la terre…

(H=10 min) Vous retournez en arrière dans les vies de vos ancêtres ‒ paysans, magistrates, érudits, artisans, voleuses, mendiants, esclaves et esclavagistes, reines et fantassins… Même alors, vos ancêtres vous portaient en eux comme une graine…

Vous remontez jusqu’aux anciens empires, à travers la naissance et la chute de civilisations entières, à travers les brumes du temps… Vous arrivez maintenant au plus long chapitre du voyage de l’humanité, quand nous nous déplacions en petits groupes sur la face de Gaïa, chassant et cueillant ce que nous pouvions, et pas plus qu’il ne nous en fallait… Continuez à parcourir les millénaires où nous étions nomades, foulant à chaque pas le sol et le rocher, les déserts et les forêts de notre maison planétaire…

Continuez à marcher vers vos débuts, il y a quelque trente mille générations, au cœur de l’Afrique. Pouvez-vous vous souvenir ? …

Continuez à reculer, vers ces temps où d’autres espèces humaines et apparentées fréquentaient les mêmes terres, se côtoyaient et se mélangeaient. À cette époque nous tenons facilement sur nos deux jambes et regardons vers l’horizon. Nous nous appelons d’une voix forte. Nos forêts se transforment progressivement en savane. Voyez cette commune humanité, faites d’ancêtres si différents à notre sens commun et pourtant si semblables, qui eux-aussi vous portaient.

Continuez à reculer à travers les millions d’années, dans le tourbillon de la vie. Nos ancêtres revêtent des millions de formes : des mammifères terrestres, aériens ou marins, des dinosaures titanesques ou minuscules, à plumes ou à écailles. Chaleur, déserts et marécages recouvrent le monde.

Leurs propres ancêtres font face à la pire crise du vivant, La Grande Mort, qui annihile 96% de toutes les espèces marines et 75% des espèces terrestres dans un monde transformé en étuve. Celles et ceux qui en ont réchappé survivent en vous, vous êtes leur descendance.

Les centaines de millions d’années défilent, comme vous voyez les premiers animaux et les premières plantes conquérir les airs et la surface émergée et inhospitalière des continents, construisant sur la roche mère le sol fertile dont nous dépendons. Puis bien avant, dans les océans, l’explosion de vie complexe : des yeux, des carapaces, de multiples outils et armes organiques pour se nourrir et se protéger, pour explorer la coopération et la compétition dans des écosystèmes, découvrant mille formes d’êtres et d’organisation d’un corps vivant. Voyez…, des premiers vertébrés, des trilobites, des vers et des mollusques, des coraux et des étoiles de mer. Tous ceux-là vous portent déjà.

Au rythme des milliards d’années, vous remontez dans le bouillon de culture océanique des unicellulaires : les cellules eucaryotes qui inventent la sexualité et la complexité interne, préludes des corps complexes. Puis, avant elles, les cellules procaryotes, les précurseuses, qui seules habitent les océans terrestres depuis presque la formation de la Terre, et préparent toutes les conditions propices à leurs descendances incroyables.

Continuez de suivre la pulsation, écho de votre cœur, jusqu’au tout premier feu au commencement du temps, l’immense naissance ardente de l’univers il y a quelque quatorze milliards d’années. Vous y étiez. J’y étais. Car les cellules de notre corps consument encore la même énergie.

(H=20 min) Et maintenant vous vous arrêtez. Vous vous tenez aux confins du temps et de l’espace… Vous, qui êtes déjà là, ne pouvez pas encore imaginer ce que le voyage que vous allez faire va apporter, ni les défis auxquels vous serez confronté·e·s…

Vous êtes issu·e·s d’une lignée ininterrompue de survivants, et chacun d’eux a des dons à offrir. Ouvrez vos bras et vos mains pour les recevoir et, à chaque invitation, récoltez-les par un geste, un mouvement, une forme.

Maintenant, avancez dans ce voyage.

Tout a commencé, il y a très longtemps, avec de grandes spirales brûlantes de gaz et de particules dansantes. Au bout de 800 millions d’années, notre galaxie entame sa formation, qui dure 6 milliards d’années. Puis quelques deux milliards et demi d’années plus tard, notre soleil, notre Terre et ses frères et sœurs se sont formé·e·s. De la fusion cataclysmique entre notre planète et sa voisine Théia, la Lune a été enfantée et la Terre ensemencée de mille richesses. De roche et de cristal, sous lesquels brûlaient des feux prodigieux, sa surface s’est progressivement refroidie en dessous du seuil de l’ébullition de l’eau, il a commencé à pleuvoir, et l’océan est né. Quelle sensation cela fait-il d’être cette eau cosmique, d’abord glace dans les étendues galactiques, puis vapeur intangible à 1700°C, et enfin nuages et océan enlaçant une planète ? Recueillez dans le creux de vos mains ces précieuses molécules d’eau que nous nous transmettons depuis la nuit des temps.

Dans ces mers chaudes, sous un ciel sombre, de cette danse entre la roche et l’air, l’eau et le feu, la vie organique est apparue. Pouvez-vous vous souvenir de votre vie sous forme de créature unicellulaire, un être élémentaire flottant dans la Mère Océan ? Seulement entourée d’une fine membrane, vous êtes une bactérie se nourrissant de minéraux dans ce bouillon salé. Dans la mer chaude, vous êtes poussée par les courants, emportée par le vent. Quel effet cela fait-il de se reproduire en devenant simplement deux êtres identiques, puis quatre… ? Chaque cellule de nos corps adultes est issue de ce processus continu de division. Prenez le cadeau de la vie, prenez le don de se multiplier pour continuer l’existence.

Certaines d’entre nous apprennent à utiliser directement l’énergie du soleil et deviennent des plantes. Mais, vous et moi, nous puisons très tôt notre énergie en mangeant les autres, et nous devenons des animaux unicellulaires. Dans notre quête constante de nourriture, nous absorbons littéralement d’autres cellules, qui résistent et finalement s’installent pour une cohabitation intelligente. Avec le temps, cela devient une nouvelle façon de créer la vie. Cueillez les fruits de la symbiose, et prenez aussi le cadeau mystérieux de la reproduction sexuée, qui façonnent des créatures complexes individuelles et uniques qui vivent, se reproduisent, puis meurent.

Continuez à flotter et souvenez-vous de vous être lié·e, relié·e physiquement, avec d’autres êtres unicellulaires, formant des colonies. En nous joignant à d’autres, nous devenons éponge, ou peut-être méduse. Quelles sont nos sensations maintenant, en faisant l’expérience du précieux cadeau de la coopération ?

Pouvez-vous vous souvenir de notre enfance à la dérive dans les mers chaudes ? Aujourd’hui encore, certains de nos proches continuent à vivre sur ce mode ancien : les coraux, les vers et le plancton… Pouvez-vous sentir le pouls dans votre cou ? Le sang circule. Les premières créatures multicellulaires ont inventé des moyens de transférer les nutriments à leurs cellules. En se développant, certaines d’entre elles ont inventé une pompe musculaire, un cœur. Cette pulsation que vous sentez est le don de notre aïeul le ver. Prenez son cadeau avec délicatesse.

Pouvez-vous vous souvenir d’avoir été une fine créature de quelques centimètres de long, argentée ? Sentez vos petits muscles, de votre tête au bout de votre corps. Sentez la force, et la structure qui se solidifie peu à peu, et qui devient au cours des âges un chapelet de vertèbres sur toute la longueur du corps. Ces vertèbres de la longue épine dorsale sont séparées mais ingénieusement reliées. Elles contiennent la moelle épinière tout en permettant la souplesse du mouvement. Notre grand-père le poisson a fait le travail de conception, parce qu’il n’aurait pas pu nager si son épine dorsale avait été d’une seule pièce. Nous pouvons le remercier pour cette merveille, qui nous permet aujourd’hui de nous tenir debout, de marcher, mais aussi d’entendre les sons. Remuez ou dansez, clapez avec vos mains pour goûter ces dons complémentaires.

Une éternité s’écoule. Nos branchies se transforment lentement en poumons. Nous commençons à respirer l’air riche et âpre, tandis que nos nageoires deviennent de puissants lobes que nous utilisons pour nous traîner dans la boue des lacs qui s’assèchent. Nous retournons dans l’eau pour pondre, et nos petits y commencent encore leur vie. Vous souvenez-vous d’avoir émergé de l’eau et levé les yeux vers le soleil, comme nos cousins amphibiens, les grenouilles, les crapauds et les salamandres le font encore aujourd’hui ? Clignez des yeux dans cette lumière, et respirez profondément en recevant le cadeau de grand-mère salamandre.

Des millions d’années passent : nous faisons encore des rêves d’amphibiens, mais le monde change autour de nous. Les marécages s’assèchent et nous apprenons à transporter l’eau nécessaire à nos petits dans les coquilles de nos œufs reptiliens. À présent, nous pouvons vivre tout le temps sur la terre ferme. Nous avons développé des membres qui prolongent notre corps et bougent ensemble en alternance. Quel effet cela fait-il de se déplacer sous cette nouvelle forme, en rampant sur la terre ? Nous accumulons la chaleur du soleil le jour, et laissons notre cœur ralentir et se reposer la nuit. Certains de nos cousins deviennent immenses, acquièrent des dentitions et de leurs pas font résonner la terre jusqu’alors silencieuse. D’autres voient leurs membres devenir des ailes et leurs écailles des plumes. Leurs enfants sont à présent des oiseaux. Et certaines de nos cousines se contentent d’être lézards, tortues, alligators et serpents, rampant sur le ventre. Elles nous offrent le cadeau du cerveau dit reptilien, qui nous permet de nous protéger en combattant ou en prenant la fuite.

Puis le règne des dinosaures se termine et nous les mammifères pouvons désormais occuper l’espace. Certains de nos cousins retournent dans l’eau et deviennent des dauphins ou des baleines. D’autres, comme nous, restent sur terre et deviennent des gazelles ou des lémuriens, des kangourous, des souris ou de grands fauves. Sauf au repos, notre ventre touche rarement le sol. Nos ancêtres nous font de nombreux dons, cueillez-les ! Ils essaient des milliers de formes et de tailles différentes et des milliers de façons de vivre :

  1. Près du centre du cerveau, la région limbique nous permet de ressentir intensément le plaisir mais aussi notre connexion aux autres.
  2. Nos ancêtres primates qui grimpaient aux arbres ont déplacé leurs yeux vers l’avant : la vision tridimensionnelle leur permettait de sauter avec précision de branches en branches. Nous les remercions pour cette vision binoculaire.
  3. Regardez comment la main se replie. Regardez la taille de l’espace compris entre le pouce et les autres doigts. C’est juste la bonne taille pour une branche capable de soutenir un corps qui se balance. Grand-mère singe a façonné cette main. Et la branche a été façonnée par le soleil, le vent et la gravité, tout comme grand-père arbre lui-même, quand il poussait en hauteur pour atteindre la lumière et restait souple pour résister au vent. Avec ces mains, nous sommes aussi les petits-enfants de l’arbre, du soleil et du vent.

Nos forêts se transforment, progressivement, en prairies. Dans la savane qui s’étend à perte de vue, nous apprenons à marcher debout. Rappelez-vous, le cœur de l’Afrique…

(H=30 min) Et maintenant vous vous arrêtez. Avec les tout premiers humains, vous vous tenez debout à la lisière de la forêt et vous regardez la savane. Le voyage de votre peuple est devant vous. Vous et vos semblables n’avez pas la force et la rapidité des autres animaux, ni leurs crocs, ni leurs griffes, ni leurs lourdes peaux pour vous protéger du froid et de la chaleur. Vous êtes nu·e·s. Tout ce que vous avez, ce sont les autres ‒ et une voix pour les appeler.

Vous, qui êtes déjà là, ne pouvez pas encore imaginer ce que le voyage devant vous va apporter, ni les défis auxquels vous serez confronté·e·s…

Avancez dans ce voyage maintenant. Entrez dans les longues marches de vos ancêtres à travers les continents, leurs voyages sur des radeaux, leurs périples dans les âges de glace… Vous êtes issu·e·s d’une lignée ininterrompue de survivants, et chacun d’eux a des dons à offrir. Ouvrez vos bras et vos mains pour les recevoir.

Prenez leur endurance physique… Prenez les cadeaux de celle qui a eu le courage de mener, d’envoyer des éclaireurs, de choisir le chemin à prendre, de garder un œil sur les plus jeunes, les plus âgé·e·s, et sur celles qui portaient un enfant, de maintenir la cohésion du groupe.

Prenez les cadeaux des conteuses la nuit autour du feu… et de ceux qui ont regardé la course des étoiles, si claires, si mystérieuses…

En marchant avec ces ancêtres, prenez leurs sens aiguisés, leurs yeux observateurs, leurs doigts savants qui récoltaient des feuilles et des racines pour soigner les fièvres et aider aux accouchements. Recueillez les connaissances des guérisseurs et des sages-femmes…

Recueillez le savoir sauvage des shamans qui dansent entre les réalités, entre le monde visible et le monde invisible, et en rapportent des instructions pour le peuple. Récoltez le roulement du tambour et les chants pour enterrer les morts et accueillir les nouvelles-nées…

Récoltez notre parenté avec les autres animaux, observez et apprenez leurs façons ‒ nos maîtres, nos totems…

En traversant les siècles, voyez la confiance dans les yeux des enfants, la passion dans ceux des jeunes. Voyez la sagesse dans ceux des anciennes… Entendez la joie de deux jeunes enfants s’éclaboussant dans un torrent…

Recevez l’ingéniosité de vos ancêtres, fabriquant des outils, tissant des étoffes, construisant des maisons. Voyez leur amour pour la beauté, la musique d’une flûte venant des collines, les mains sculptant des bijoux, les pieds dansant sur la terre battue…

Nous entrons dans la période où nous commençons à nous fixer, à semer et à moissonner. Puis à rester pour cultiver ‒ peut-être au confluent de deux rivières… Et nous commençons à avoir des surplus ‒ notre nombre s’accroît, nos colonies s’étendent. Nous construisons des greniers et bâtissons des temples…

Certaines d’entre nous acquièrent des terres et érigent des murs pour clôturer leurs champs. Et certains d’entre nous ne possèdent pas de terre, et vendent leur travail pour nourrir leurs enfants.

Marchez avec les ancêtres qui se consacrent au commerce et parcourent de longues distances, en caravanes sur terre et en bateau sur les mers…

Vous entrez dans l’histoire écrite. Des villes se développent avec des instances de gouvernement et des pouvoirs ecclésiastiques… Puis de grands empires, avec de vastes territoires et de vastes armées, certaines de vos ancêtres aux commandes, d’autres simples soldats, connaissant la peur et le sang des champs de bataille…

L’on en vient à posséder des êtres humains comme on possède des terres… Et certains de vos ancêtres sont propriétaires tandis que d’autres sont esclaves… Toutes et tous ont des dons pour vous, des dons d’endurance, des dons de responsabilité, des dons d’affliction…

Parmi elles et eux, des ancêtres qui se lèvent au nom du droit humain à la nourriture et à la dignité… Recueillez les dons des ancêtres qui chantent la liberté et combattent pour la justice… Marchez avec celles et ceux qui restent au pays à labourer les champs, génération après génération, connaissant le sol et les saisons, les temps d’abondance et les temps de pénurie. Récoltez leurs dons comme elles et ils récoltent les fruits de leur persévérance…

En avançant dans le temps, marchez avec les ancêtres pris dans les croisades et les pogroms, les inquisitions et les chasses aux sorcières. Toutes et tous peuvent vous offrir des cadeaux, vous apprendre comment la cupidité et la peur déforment l’esprit, et ce qu’est une foi inébranlable…

Vous entrez dans l’ère des grandes explorations ; vos ancêtres quittent des univers familiers pour aller vers de nouveaux mondes, certains recherchant la richesse, d’autres la liberté de culte, d’autres encore sont enchaînés… Ces ancêtres ont des cadeaux pour vous, prenez leur audace et leur résolution ; prenez leur douleur aussi, et leur force d’âme…

Recueillez aussi la sagesse des ancêtres natives de ces nouveaux territoires… Prenez leur profonde connaissance des forêts, des plaines, des rivières, de l’autogouvernance…

Entrez avec vos ancêtres dans l’ère industrielle ‒ la machine à vapeur, les engins agricoles, le train ‒ ancêtres dépossédé·e·s de leurs terres, forcé·e·s de travailler dans les usines et les mines… Certains, certaines, sont des enfants, trimant de l’aube au coucher du soleil… Recueillez le courage de celles et ceux qui revendiquent un salaire équitable et le droit de s’organiser…

Vous entrez maintenant dans les vies d’ancêtres dont vous connaissez peut-être le nom… Vous êtes au XXe siècle, avec ses guerres mondiales et ses percées technologiques : l’aviation, l’automobile, l’électronique ; un siècle de fruits amers : fission nucléaire, camps de concentration, bombe atomique, énergie nucléaire, prolifération des armes… Certains, certaines de vos ancêtres envoyé·e·s dans les camps de la mort tandis que d’autres les gardaient… Mais toutes et tous ont des dons pour vous, ne serait-ce que des cœurs brisés et un rappel à la mémoire…

Entrez maintenant dans les vies d’ancêtres qui ne savaient pas encore qu’elles et ils vous élèveraient ou vous concevraient… Entrez dans la vie de la petite fille qui allait grandir pour devenir votre mère, dans la vie du petit garçon qui allait grandir pour devenir votre père ‒ ces deux personnes qui vous ont donné la vie. Prenez le cadeau qu’est votre propre vie, entrez dedans…

Entrez dans le rayonnement de cet enfant qui est vous, qui découvre ce monde. Entrez dans les années de votre adolescence, avec ses rêves et ses déceptions. Entrez dans le monde qui vous appelle… et maintenant dans les années de votre vie d’adulte, les choix que vous avez faits, les êtres que vous avez aimés, les tâches auxquelles vous vous êtes consacré·e…

Prenez l’angoisse qui vous saisit quand vous ouvrez les yeux sur la souffrance de la planète… les guerres, la faim, les espèces disparues. Recueillez les dons de votre propre désir de guérir notre monde…

Vous parcourez cette dernière année, ces derniers mois… cette dernière semaine… jusqu’à l’aube de cette journée… Venez jusqu’à l’instant présent et ici, dans cet instant présent, n’allez pas plus loin que votre prochaine expiration… [Si besoin : Arrêtez-vous.]

(H=40 min) Nous sommes celles et ceux qui peuvent se souvenir. Nous pouvons nous souvenir de qui nous étions. Nous pouvons nous rappeler de nouveau que nous sommes relié·e·s à toutes choses, que nous sommes une danse de terre et d’air, d’eau et de feu. Et nous savons que nous sommes plus encore : nous sommes le rire d’un enfant, la force de la compassion, la rencontre au clair de lune, le frisson de la poésie, la mélodie d’une chanson avant même qu’elle ne soit chantée. Nous sommes la part de ce monde qui peut être saisie par l’émerveillement, être émue aux larmes et imaginer ce qui peut survenir. Nous sommes les témoins et les adorateurs. Notre intelligence est vive et nos mains habiles. Nous sommes celles et ceux qui peuvent aimer et celles et ceux qui peuvent détruire. Pouvez-vous imaginer les capacités qui attendent de s’exprimer en nous, à travers nous ?

Vous et moi avons vécu en équilibres subtils avec la Terre pendant des milliards d’années, et ce savoir ne s’est pas perdu. Il est temps à présent de puiser dans ces souvenirs et ces forces, et de laisser émerger de nouvelles approches, pour que le feu puisse encore brûler, pour que la pulsation ne s’arrête pas, pour que la danse de la vie puisse continuer.

Vous vous tenez debout à la lisière de l’avenir et de ses possibles… Vous, qui êtes déjà là, ne pouvez pas encore savoir ce que le voyage devant vous va apporter, ni ce qui vous sera demandé. Il est difficile d’imaginer les défis auxquels vous, nous, et celles et ceux qui nous appelleront ancêtres, seront confronté·e·s.

Mais sachez une chose : vous n’avancez pas les mains vides. Vous avancez avec les dons de vos ancêtres.

(H=42 min) 5 min d’intégration en silence, écrire peut vous aider. Nous sommes à votre disposition si vous avez besoin de quelque chose, d’écoute, de soutien. Puis je vous inviterai à partager en triade puis en cercle.

Penser comme une Montagne: Pour un Conseil de Tous les Etres (française)

 

traduction française de Thinking Like a Mountain

L’espérance en mouvement : Comment faire face au triste état de notre monde sans devenir fous

Auteur(s): Johnstone Chris, Macy Joanna

Pour Joanna Macy et Chris Johnstone, figures emblématiques de l’écopsychologie, l’humanité se trouve à un moment carrefour où elle doit faire le choix entre trois manières de donner du sens à l’évolution du monde : le On fait comme d’habitude, la Grande Désintégration ou le Changement de cap. Cette dernière « histoire » est la transition d’une société qui détruit la vie vers une société qui la soutient, à travers des relations plus harmonieuses avec tous les êtres – humains et autres qu’humains. Synthèse de plus de trente ans de praxis écocitoyenne, leur livre présente avec profondeur les tenants et aboutissants de ce changement de paradigme, « aventure essentielle » de notre temps. Il éclaire les fondements du Travail qui relie, un ensemble d’exercices qui invitent à explorer notre lien avec le vivant à travers une spirale en quatre étapes : s’enraciner dans la gratitude, honorer notre souffrance pour le monde, porter un nouveau regard et aller de l’avant

Ecopsychologie, pratique et rituels pour la terre: Revenir à la vie (française)

 

traduction française de Coming Back to Life

Une fois que tu sais – Le guide d’animation

 

Vous souhaitez animer un temps d’échange après une projection d’Une fois que tu sais ? Ce guide vous donne les clés pour permettre une rencontre riche et motivante, en salle de cinéma ou ailleurs, en  résentiel ou en ligne. Ce guide d’animation vous est proposé par l’association Terractiva, qui développe des outils dans le cadre de la campagne d’accompagnement du film Une fois que tu sais, écrit et réalisé par Emmanuel Cappellin en collaboration avec Anne-Marie Sangla.

Cette campagne d’accompagnement, conduite par le binôme de facilitatrices Brianne Parquier et Charlotte Ogier, à l’initiative du réalisateur Emmanuel Cappellin, a préparé une équipe de bénévoles pour animer des temps d’échange après le film. Des centaines de projections ont déjà été accompagnées par des dizaines de bénévoles. Pour être tenu·e informé·e des projets autour du film, ou rejoindre l’équipe des accompagnateur·ices, et bénéficier des retours d’expérience, vous pouvez vous inscrire ici.

Les animations ont pour ambition de faire du public une communauté en mouvement. Elles sont  ’occasion de distribuer le Guide d’actions qui présente 150 manières d’agir et 220 structures pour passer à l’action sur les thématiques climat, énergie, effondrement et résilience. Ce guide existe en format papier – 20000 exemplaires ont déjà été distribués – et renvoie vers le site collaboratif RacinesDeResilience.org.

 

Différents niveaux d’implication sont possibles. Suivez le lien vers la ressource pour savoir comment organiser une projection et accéder aux outils et pratiques de facilitation.